Blog se rapportant au territoire du Valjouffrey, entièrement inclus dans le grand Parc des Ecrins. Il traite de la vie locale passée présente et future, de la protection de l'environnement, plus particulièrement de l'eau.
Bien cachée au Désert en valjouffrey.
Vous qui êtes allés de nombreuses fois à la cascade de la Pisse, au refuge de Font Turbat ou qui avez visité les cimes de Valjouffrey ne soyez pas étonnés si vous ne l’avez jamais vue en traversant le village du Désert, la raison est que sa caractéristique première est la discrétion. Très petite, dissimulée par des constructions rustiques, elle n’en demeure pas moins une curiosité dans ce village du bout du monde.
Cette photo a été débarrassée d'ornements indésirables.
Vous l’avez- deviné, il s’agit de la chapelle Sainte Anne. Edifié au dix-septième siècle, ce monument est inscrit au patrimoine régional.
Ne cherchez pas de panneau ni de plan pour vous y rendre, elle semble oubliée de tous.description :
Cette chapelle rectangulaire de très grandes dimensions (plus de treize mètres sur quatre) est située au fond du hameau, en contrebas. Elle est dotée d'un véritable petit porche voûté, en maçonnerie de moellons, couvert d'une dalle en béton. La façade percée d'une petite ouverture grillagée se prolonge sans interruption en clocheton très massif. La charpente soutient une couverture de tôles. Deux fenêtres à peine cintrées s'ouvrent dans le mur sud où apparaissent les clefs d'importants tirants métalliques. L'intérieur est celui d'une véritable église. Une tribune découverte en bois est accessible par un escalier en bois sur le mur sud, qui abrite aussi un confessional et un bénitier en pierre. La nef, voûtée en berceau et planchéiée de bois, est pourvue d'une grande quantité de bancs. Une chaire à prêcher est elle aussi fixée sur le mur sud (la photo ci-jointe est inversée..). Le choeur, légèrement surélevé et séparé de la nef par une table de communion, est couvert d'une voûte d'arêtes, tout comme la sacristie, plus tardive, située derrière le choeur.
Bibliographie : PEYRIN (M.), 'Vestiges du passé, Chapelles rurales du Valbonnais et du Ratier' in 'Mémoires d'Obiou' N° 7, Revue de l'association 'les Amis du Musée Matheysin', Mai 2002. Enquête CPAG, 1979 Documents de l'Abbé Meyer, (sources non vérifiées), Service du Patrimoine Culturel, CGIsère.
Datation : 17e siècle ?
Complément historique : En 1671, une paroisse Sainte-Anne du Désert est signalée dans l'archiprêtré de Valbonnais. Elle hébergeait un prêtre desservant. La chapelle est citée en 1672 par Mgr Le Camus puis est transformée en vicairie foraine en 1776. Le Vicaire desservant avait pouvoir de procéder à tous les rituels, les cérémonies et les sacrements "sans y admettre des personnes d'autres lieux de la paroisse", et sans préjudice porté au curé de Valjouffrey qui, seul, célébrait les mariages. La sacristie n'existait pas encore en 1784. L'église sainte-Anne constituait un centre de pèlerinage traditionnel. Le 26 Juillet, on y portait en procession la statue en bois de Sainte-Anne pour la plonger dans les sources de la Bonne. La chapelle figure, en tant que succursale (inscription "succ."), sur la carte de Cassini, feuillet N°151 (de Briançon), levé entre 1776 et 1777, et publié vers 1779.
Protection : Site classé
C'est ainsi que vous la verrez quand vous l'aurez trouvée.
Il est pour le moins curieux qu'une commune qui ne pourra bientôt compter que sur le tourisme n'ait pas fait l'effort de mettre en valeur ce joyau du patrimoine!
Cette chapelle fut pourtant célèbre dans le passé c’est de là que partait chaque année un pèlerinage suivi par les habitants du Valbonnais et des paroisses voisines. La statue de Sainte Anne portée en tête d’une procession franchissait la Bonne par le pont de pierre et remontait le torrent jusqu’aux sources de la Bonnes toutes proches proches. Cette procession rituelle visait à obtenir de la sainte qu’elle intercède auprès du seigneur pour qu’il fasse tomber la pluie. La foule s’étirait le long du torrent étincelant, tel qu’on peut encore l’admirer aujourd’hui. Un regroupement avait lieu près des sources, de ferventes prières conduites par le curé s’élevaient vers les sommets. Sainte Anne était ensuite baignée dans la source, puis les pèlerins recueillis raccompagnaient la sainte à la chapelle, où elle reprenait sa place sur un autel. Rien d’étonnant avec cette sortie au grand air et ces ablutions annuelles, que la peinture de la statuet ait gardé une certaine fraicheur jusqu’à nos jours.
On dit que des pèlerins tellement confiants dans ce rite, se munissaient d’un parapluie au cas où… Cette manifestation prouve l’importance des croyances religieuses à cette époque ainsi que la sacralisation de l’eau.
Les hommes d’alors avaient mis en place un réseau très complet de canaux chaque, parcelle était susceptible d’en bénéficier.
L’eau en effet conditionnait le volume des récoltes, donc la survie des populations dans des conditions autarciques.
Tous les paysans de cette vallée savaient qu’une pluie même modeste valait n’importe quel arrosage !
Il est pour le moins étonnant qu’aucun panneau ne signale cette chapelle discrète, ni qu’aucun sentier ne permette aux visiteurs de mettre leurs pas dans ceux de ces ancêtres pour se rendre aux sources.
Ce modeste édifice ne mériterait-t-il pas un minimum de mise en valeur ?
Les sources de la Bonne indiquées sur la carte IGN constitueraient en elles même un but de promenade, il fait bon s’y désaltérer pour peu qu’on apprécie l’eau pure fraiche.
Pour ne pas manquer la chapelle, suivre les indications suivantes : En arrivant sur la place du village, prendre le sens interdit à pied, aller jusqu’au bassin lavoir-abreuvoir. (50m) regardez à votre droite, vous y êtes.
Pour visiter, la clef est à demander dans la maison de gauche.
Vue de l'arrière, le toit décalé est celui de la sacristie.
En allant vers les sources de la Bonne.
Chapelle sainte Anne suite...
Ce lieu de culte n’a pas son pareil dans la région. Cet édifice religieux est d’une étonnante rusticité, il s’intègre parfaitement dans ce village de bout du monde. Le village du Désert fut très peuplé et relativement éloigné des quatre autres hameaux qui composent la commune.
Peut-être à cause de cet isolement ce lieu bénéficiait d’une présence religieuse complète. Un curé vivait ici en permanence logé dans une grande cure située à proximité de la chapelle. Cette bâtisse qui servait aussi d’école a malheureusement disparu au début du 20ème siècle. L’abandon de la cure doit correspondre à la construction d’une école à l’autre bout du village, ainsi qu'au départ du curé. Quelques vestiges sont encore visibles. dans un jardin en contrebas
L’intérieur de la chapelle est étonnant, on y trouve une nef unique, garnie de bancs disposés de part et d’autre de l’allée centrale, cet espace était réservé aux femmes. Les hommes étaient accueillis sur un étage-tribune accessible par un escalier acrobatique !
On conçoit mal que les femmes en robes puissent grimper sur ce perchoir.
On trouve aussi une chaire en bois pour curé agile ! Un baptistère en pierres, très simple est situé sur la partie gauche. Enfin un confessionnal exigu, aussi bien coté curé que coté pénitents.
Le mobilier est malheureusement en train d'être dévoré par les vrillettes!
Derrière l’autel une petite sacristie voutée renferme encore quelques vieux ornements sacerdotaux soigneusement répertoriés.
ATTENTION la voûte de la sacristie présente une crevasse importante, il n’est peut-être pas prudent de s’y aventurer avant que d’hypothétiques travaux de restauration soient effectués !
L’ensemble de la chapelle donne l’impression d’un quasi abandon, on n’a pas l’impression que la commune ait pris conscience que cet édifice constituait un élément capital du patrimoine local. Cela est confirmé par l’absence totale de mention de son existence même. L’accès lui-même n’est pas évident.
Le mobilier rustique, dévoré par les vers du bois, est en cours de délabrement.