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Blog se rapportant au territoire du Valjouffrey, entièrement inclus dans le grand Parc des Ecrins. Il traite de la vie locale passée présente et future, de la protection de l'environnement, plus particulièrement de l'eau.

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Un sauvetage in extrémis pleinement justifié

La vallée de Font-Turbat a toutefois été le théâtre au début des années 80 d'une aventure hors-norme. Elle est racontée ici par un témoin et par un sauveteur. Deux visions contrastées d'une équipée pas comme les autres.

Il devient de plus en plus difficile de faire sa « première ». Les candidats rivalisent d'imagination. La presse s'est fait l'écho ces derniers temps de performances tout à fait remarquables.

Il est très regrettable, à mon avis, qu'une tentative tout aussi originale et audacieuse soir passée sous silence.

Nous sommes le 2 août 1980. C'est toujours un réel plaisir de voir le refuge au bout de la dernière ligne droite, se profilant contre la muraille de l'Olan. Il fait chaud, la montée a duré à peine deux heures. Ouf, ça fait du bien quand ça s'arrête. Quoi ? "Pain Cuit" , mon ami, tu vieillis, tu ne devrais plus monter aussi vite au refuge ... » Comme le mirage est tenace, je fais un pas machinal vers lui, la main se pose sur l’objet, Le contact est conforme à l'image: c'est bien un vélo, posé là contre le mur du refuge. Et quel vélo! Un beau routier tout neuf, auquel il ne manque même pas la pompe.

Dans la salle, je trouve la sympathique gardienne et, sur le banc du fond, un garçon plongé dans des cartes.

- « Bonjour, Emmanuelle, tu loues des vélos maintenant?  je comprends que l'heure n'est pas à la plaisanterie car elle me montre du menton le gars  dans ses cartes.

Toujours aussi saisissant ce coucher de soleil sur l'Olan. Le matériel rangé, tandis que ma soupe chauffe sur le gaz, je risque un mot à l'inconnu:

- «Vous avez des projets? »

- «Oui, je vais à La Bérarde»

- « Avec le vélo? »

- « Oui,bien sûr! »

La gardienne: «Dis-lui que ce n'est pas possible à partir d’ici ». -

Moi,« Vous comptez passer par où ? »

-Lui, « Par là » (vague signe en direction des Lauvets) –

 Moi,« Le col d'Entrepierroux alors? »

-Lui, « Chais pas ... Vous connaissez la région? »

- « Un peu» 

-« C'est comment  ce col ? »

- « A pied avec piolet et crampons, c’est sympa, mais à vélo ... ça doit faire un col hors classe, voire plus. Vous avez du matériel? »

La gardienne : « Mais non, il n'a rien »

Moi : « je connais un col pour vous, le col d’Ornon, une petite route confortable y conduit».

Le visage du cycliste s'éclaire: «Dans quelle direction ? »

Moi: « Il faut d'abord retourner au Désert , puis à Entraigues où démarre  la route du col. »

Lui: « Mais alors il faut redescendre? »

Moi: «Ben oui ... »

Lui : « Vous voulez me faire redescendre pour remonter après alors que, ma carte [routière au  1/200 OOOème, note de 1 ' auteur] m’indique que la Bérarde c'est par là ? »

Moi: «Il ne me semble pas qu'il y ait d'autre solution.».

Le lendemain, vers 15 heures, de retour de course, une de plus.

Emmanuelle: «Ca s'est bien passé? »

Moi : « Oui, encore une bonne corvée de faite ! ... et notre Poulidor, il est redescendu ? »

Elle: «Tiens, regarde. » Elle me tend les jumelles.

  Tout là-haut, à gauche des Pissous, sur le névé, dans la direction de l'aiguille d'Olan, je distingue  l'homme et son vélo. Ils s'élèvent alternativement, l’un et l’autre. Il paraît à genoux et progresse en plantant sa bicyclette devant lui,  se servant de la pédale comme ancrage dans la neige. Sa direction n’est pas celle de la brêche,mais plutôt celle de l’aiguille d’Olan !

A bout d'arguments, Emmanuelle lui avait souhaité bonne chance, elle avait même poussé la gentillesse jusqu'à lui donner une paire de chaussettes pour mettre dans ses espadrilles. Il était parti ainsi pour La Bérarde avec, pour tout bagage, un bout de nylon ficelé sur le porte-bagages.

S'il ne redescendait pas, elle le signalerait à la vacation radio de vingt heures.

 

La pensée de ce courageux (?) garçon ne me quitta pas jusqu'au Désert. Arrivé à la maison  il me parut charitable, bien que contraire à mes principes, de prévenir sans plus tarder la brigade de gendarmerie de Valbonnais…: «Allô… Non ce n'est pas un canular. .. ». Quelques jours plus tard, j'ai su que les gendarmes avaient appelé La Bérarde, qu'on avait pu contacter en vol un hélico en mission de sauvetage dans le massif et que notre aventurier et sa machine avaient été treuillés à 2800 mètres d'altitude et déposés ... à La Bérarde. Objectif atteint.

 

La première des Pissous à vélo!  Le rouge de la honte marquera le front de plusieurs générations de Glandus pour s'être laissés  ravir cette originale première.

 

Ndlr. Rappelons que la pratique du vélo sous toutes ses formes dans le parc des Ecrins est in­terdite. Il est donc fortement déconseillé de vouloir marcher sur les pas de ce pionnier qui a réussi une double performance : ne pas se faire verbaliser par un garde du PNE, échapper à un bivouac à 2800m sans équipement  et faire avec succès de l'hélico-stop.

 

30 ans après, Jojo Claudel, alors adjudant guide sauveteur au PGHM, se souvient:

 

« ... Le 2 août 1980, nous sommes appelés pour un secours dans le massif du Taillefer au-dessus de Bourg d'Oisans. Un randonneur a été victime d'une chute grave, fracture d'une jambe, nécessitant une évacuation par hélicoptère.

Les conditions météo ne sont pas très bonnes, un orage menace, et nous essayons de faire au plus vite.

L'hélitreuillage se passe sans trop de difficultés.

Alors que nous sommes sur le chemin du retour en direction de l'hôpital de Grenoble, nous recevons un nouvel appel. Le gardien du refuge de Font-Turbat signale qu'un randonneur à vélo est en difficulté aux abords de la brèche de l'QIan!

Incroyable! Je me fais répéter le message pluieurs fois ! L'état de notre blessé du Taillefer s'avère moins alarmant que prévu. Aussi nous différons, en accord avec lui-même, son rapatriement sur 1'hôpital de Grenoble, pour aller se rendre compte de cette situation pour le moins incongrue.

Effectivement, on aperçoit un type assis, immobile sur un névé, couvert d'une espèce de toile de tente de l'armée. A côté de lui, trône ... un vélo! On s'approche un peu avec l'hélico, cela n'a pas l'air d'émouvoir notre Poulidor des montagnes. Il ne semble pas en péril et ne demande apparemment aucune assistance. J'essaie alors d'avoir plus de renseignements auprès du gardien du refuge. Ce dernier nous dit que ça fait au moins deux heures que ce jeune homme est assis dans la neige en position du lotus (posture de yoga). Je propose à cet instant de déposer le blessé du Taillefer au refuge, et de venir treuiller cet énergumène, l'orage menace et risque d'aggraver la situation.

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T
Je découvre cette histoire extraordinaire au dénouement heureux, mais quelle inconstance de la part de cet huluberlu pour avoir mis en péril les sauveteurs.<br /> En septembre 1983 j'étais monté à vélo au refuge  avec deux amis. Trois vélos au refuge, il était fermé et les gardes n'y avait vu que du feu. Au fait, c'est une vraie galère il faut très souvent porter le vélo, même à la descente, dans les passages scabreux.
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